Terre à ciel, in Possibles n° 3, revue de poésie en ligne – rédaction : Pierre Perrin]

Terre à ciel – Poésie d’aujourd’hui
La revue de poésie & de critiques de Cécile Guivarch

bandeau terre à cielCette revue, en ligne depuis 2005, a fait peau neuve en 2013. L’avenue est, tout ensemble, royale et d’une rare discrétion, à l’image de sa rédactrice en chef. Il faut en effet chercher cette dernière pour la trouver. Elle écrit pourtant à ravir et dispose d’un site propre. Ce site perso ne s’est guère enrichi depuis le 19 mai 2015, sinon pour renvoyer vers des articles consacrés à ses ouvrages, sur d’autres supports. Donc voici une revuiste discrète, attentive et ouverte aux autres, et cela fait du bien. Elle anime cependant une petite équipe, essentiellement féminine. Les grand axes de cette revue sont au nombre de neuf, à quoi s’ajoute un index des auteurs qui avoisine les 500 noms. La part critique est d’une grande richesse alliée à une réelle qualité. Pour octobre 2015, Cécile Guivarch, puisque c’est son nom, recense 19 recueils. En général, elle consacre à chacun entre 10 et 20 lignes. Voici par exemple sa note consacrée à Chut (le monstre dort) d’Estelle Fenzy, la Part commune :

« Livre au père, celui qui l’accompagne dans la maladie. Ce sont de petits textes, souvent guère plus de six ou huit vers. Simplicité du ton. Estelle Fenzy parvient à ponctuer ses poèmes de vie, de petits bonheurs alors que le sujet du livre reste grave. Avec la souffrance du père, les souvenirs reviennent en même temps que les contes de l’enfance. Ces références font penser que la maladie du père pourrait être une histoire « inventée », « pour faire marcher ». Estelle Fenzy sait transcrire les émotions nous traversant à l’annonce de la maladie d’un proche, cela « cloue le bec », on ne peut y croire. Il ne s’agit pas non plus de s’étaler, mais d’aller au plus juste : « Penser vif / écrire simple / crier grand / puisque la vie / ampute. » Ces derniers vers résument tout à fait la raison d’être de ce recueil, son essence, son rythme, sa voix. Estelle Fenzy emploie le « tu » pour cette série de poèmes comme une lettre adressée au malade. Certains textes sont comme une « parole / fauchée » où l’on sent bien la retenue autant que l’élan du cœur. Mais il s’agit avant tout de poèmes de « combat », pour tenir « debout » et garder cette « surprise de vivre ». Accompagner le malade, évoquer l’enfance pour retenir le temps, vivre chaque instant. Chut (le monstre dort) se termine par un poème dans lequel on peut lire « Chance Papa / finalement / ce temps chance », ce rapprochement père / fille. » [Cécile Guivarch] En moins grand nombre mais d’aussi bonne qualité, le site s’enrichit de lectures d’Isabelle Lévesque (en porosité avec la revue Diérèse) et de Valérie Canat de Chizy.

Une section “voix du monde” présente des traductions de poètes étrangers en français, quelques poètes québecquois d’aujourd’hui, d’autres encore traduits en diverses langues, sans oublier des réflexions sur l’exercice. C’est Babel heureuse. La partie “bonnes maisons” présente une quarantaine d’éditeurs de poésie, avec des extraits significatifs. Pour Bruno Doucey, par exemple, elle donne à lire des poèmes de Al Hamdani, Sampiero, Ritsos. “Web et actualité” s’arrête en 2014. Parmi les dernières revues en ligne, on ne peut ignorer l’excellente Ce qui reste, à renouvellement hebdomadaire. En résumé, Terre à Ciel, une grande revue de qualité, augmentée d’un fonds comme on le dit de Gallimard par exemple, apparaît incontournable et offre mille bonheurs de lecture.

Pierre Perrin, le 12 novembre 2015

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