François Montmaneix in memoriam, Possibles n° 49, octobre 2019

François Montmaneix, in memoriam
Le contemporain de ce numéro d’octobre 2019

Le soleil des eaux

Arrivé trop vite au bord de la mare
je fais plonger une grenouille
et croître un cercle qui ne se gêne pas
de se prendre pour le soleil
en élargissant son empire
à la dimension de toute la mare
sans même se rendre compte
qu’en l’étendant il le dissout

Et je songe qu’à l’échelle
des temps de l’univers
cet empire aquatique et parfait
aura duré aussi longtemps
que celui d’Alexandre le Grand
ôté du soleil par Diogène
celui de Charles Quint
avec son soleil insomniaque
celui de Napoléon plus
solaire que Louis XIV soi-même
celui de Pharaon (lequel?)
ou de l’empereur Qin
entassant autour d’eux dans leurs tombes
de quoi survivre au dernier des soleils

Et je lis sur la mare à livre ouvert
que le plongeon d’une grenouille
sautant du nénuphar immémorial
produit autant de temps
que la vie des plus grands conquérants
mais le batracien garde un avantage
incommensurable : il ignore tout
de ce qu’est le dur désir de durer

François Montmaneix, Laisser verdure, Le Castor Astral 2012


Didier Pobel lit de Jean-Yves Debreuille, Laisser ouvert —>

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